Dropshipping : comment le repérer ?

Sur Instagram, j’ai énormément partagé autour du dropshipping et du greenwashing. Ces stories sont toujours celles qui soulèvent le plus de réactions et de questions. Je voulais revenir aujourd’hui sur le dropshipping, cette pratique marketing qui empoisonne les achats en ligne.

Le dropshipping, qu’est-ce que c’est ?

Déjà, il faut être clair sur la définition, ce qui n’est pas toujours le cas quand des personnes choisissent de communiquer sur le sujet. C’est un mode de vente en ligne où il n’y a, pour le créateur de la marque, ni stock ni expédition à gérer : l’enseigne envoie directement les commandes au fournisseur qui emballe et expédie les commandes. En gros, le site marchand est l’intermédiaire entre le client et le fournisseur.

En soi, c’est une pratique qui existe depuis des années sans que cela ne choque personne. Mais depuis deux-trois ans, la pratique s’est considérablement développée et pour beaucoup, est synonyme de grosses arnaques. Désormais, développer un site de dropshipping est extrêmement simple et rapide, et grâce à des plateformes de vente comme Aliexpress ou Alibaba, on peut vendre des produits à des prix exorbitants alors que le montant de base est insignifiant.

Voici un petit exemple.

Je me rends sur un site en ligne pour acheter une brosse à cheveux : elle est vendue 19,99 euros sur le site marchand. Le revendeur va transmettre votre commande directement au fournisseur qui vous expédie ensuite la commande. Le truc c’est que le revendeur va lui acheter l’article 5 euros au fournisseur, soit un bénéfice de 15 euros pour lui.

Le problème du dropshipping

Cette pratique de revente est utilisée par tous les magasins revendeurs (supermarchés, enseigne type Gifi, Action, La Foir’fouille, Centrakor…) : ces enseignes se fournissent chez des grossistes étrangers (à 90% en Chine). Mais la différence réside en plusieurs points :
– d’abord, les grandes enseignes ont des charges fixes comme la location du magasin, le salaire des employés… ce qu’il n’y a pas dans les sites de dropshipping puisqu’il s’agit de site en ligne géré (la plupart du temps) par une seule personne ;
– ensuite, les grands magasins ont du stock : ils achètent en gros, ce qui leur permet d’avoir des prix bas et se font une marge à la revente ;
– l’achat se fait immédiatement : j’entre dans le magasin et j’ai tout de suite le produit que j’achète, dans le dropshipping, il faut attendre l’expédition et la livraison de la commande qui peut prendre entre 7 et 20 jours (au minimum) ;
– enfin, ces magasins ont des services après-vente que l’on peut contacter rapidement.

Une grande enseigne va donc impacter sur son prix de vente toutes ces charges et ces services, ce qui justifie les prix. En revanche, pour un site de dropshipping, les seules charges à prendre en compte sont le site internet et son hébergement (et on verra que cela ne coûte aujourd’hui quasiment rien !), ce qui justifie un prix plus élevé que le prix de base mais on va voir que le plus souvent, les prix sont gonflés à fond.

Le marketing du dropshipping

Aujourd’hui, cette pratique a tellement explosé qu’il existe des formations pour ouvrir son site de dropshipping. C’est pourquoi, internet pullule de ce mode de vente. A tel point que le dropshipping est désormais associé à des pratiques frôlant l’arnaque.

En terme de communication et de marketing, le dropshipping utilise exclusivement les mêmes techniques.

  1. Un site créé à partir de la plateforme « Shopify » qui permet de créer une boutique en ligne facilement et rapidement. Alors attention, un site créé sur cette plateforme n’est pas synonyme de dropshipping qu’on se le dise, mais c’est la plateforme privilégiée car elle est très économique, facile à utiliser et à mettre en place et les design sont plutôt sympa.
  2. Des promotions à gogo : il y a TOUJOURS un code promo qui vous permet d’avoir 1 produit acheté = 1 produit offert, ou -30% sur votre achat…
  3. Des prix barrés toute l’année : sur ces sites, il y a des soldes toute l’année, c’est fou !
  4. La vente d’urgence : vous aurez toujours cette impression de vente dans l’urgence : il faut vite acheter parce que le stock baisse en direct, parce que l’offre disparaît au bout de 24h…
  5. La bonne conscience : ces sites ont compris que pour vendre désormais, il fallait une touche de bonne action/bonne conscience pour l’acheteur. On vous placarde donc partout que c’est écologique, bon pour la planète, qu’une partie de la vente est reversée à une association…
  6. Des faux avis : pourquoi s’inquiéter d’un site quand il y a des milliers d’avis positifs à son sujet ? Attention : ces avis sont souvent achetés (oui oui, on peut acheter de faux avis !) et ce n’est pas parce qu’il s’agit de dropshipping que les articles sont de très mauvaise qualité, c’est juste que vous les avez achetés 5 à 10 fois plus chers que sur un autre site !

Ces pratiques commerciales se retrouvent aussi chez des sites qui ne pratiquent pas nécessairement le dropshipping mais ce marketing de masse, d’urgence, est à 99% synonyme d’arnaque. Une petite entreprise qui se lance en créant elle-même ses produits n’a pas les moyens de matraquer de publicités les réseaux sociaux et surtout, ne peut pas se permettre de casser autant les prix sur sa marchandise ! Quand vous payez un objet d’un artisan, fait main, écologique, ethnique… vous n’allez pas payer le même prix, je vous assure.

Comment repérez des sites de dropshipping ?

Du coup, on y arrive : comment faire pour repérer ces sites et éviter de se faire avoir ! Je vous donne toutes mes astuces. Je ne suis pas une experte sur la question mais à force de faire des stories à ce sujet, j’en viens à connaître les rouages de ces sites.

  • Regarder le design du site

Comme je le disais plus haut, ces sites utilisent Shopify pour héberger leur boutique en ligne. Un peu comme Vinted, vous postez ce que vous voulez vendre et le site gère le reste en se prenant une marge sur vos ventes. Vous payez un abonnement mensuel (le moins cher étant de 30 euros par moi… c’est rien du tout !) et le tour est joué.

Du coup, tous ces sites se ressemblent, et on peut d’un coup d’oeil repérer les mêmes outils :

Encore une fois, un site utilisant cette interface n’est pas obligatoirement un site de dropshipping. Par exemple, le site marchand de la marque Jenesaisquoi utilise Shopify MAIS à aucun moment l’enseigne est associée à du dropshipping, bien au contraire ! On peut d’ailleurs voir que le design utilisé n’est pas le même, sûrement payé plus cher JUSTEMENT pour ne pas être associé à ces pratiques.

Evidemment, cela veut aussi dire qu’un site internet qui ne ressemble pas à ceux affichés plus haut peut aussi pratiquer le dropshipping. Shopify est une plateforme facilitant l’utilisation de boutique en ligne mais ce n’est pas la seule et il existe sur cette plateforme des centaines de design différents. Cela nous amène donc à un second point pour repérer le dropshipping !

  • Reconnaître les fausses promotions affichées

Tous les sites de dropshipping ne le font pas mais c’est une pratique extrêmement courante, notamment pour les sites récents car ils peuvent vendre en masse rapidement. C’est toujours plus intéressant pour le consommateur de voir affiché un prix avec 20, 30, 40% de réduction qu’un prix de départ bas sans réduction. Car un prix de départ bas signifie souvent mauvaise qualité. Exemple : achèteriez-vous un collier fait main, en plaqué or, à 15 euros ? Peut-être pas car cela vous mettrait la puce à l’oreille. Mais si le prix de départ est à 60 euros et qu’exceptionnellement, un code promo vous permet d’économiser 20 euros sur le produit, alors vous seriez peut-être plus enclin à l’acheter.

Prenons exemple du site BeeHumming qui vend des bijoux à l’effigie des abeilles et de la nature. Je peux voir en parcourant le catalogue que certains articles sont soldés et qu’en plus, pour 2 articles achetés 1 est offert. Alors je m’empresse d’aller vérifier cela ! Je repère un bracelet déjà soldé, je le mets en 3 exemplaires dans mon panier et j’entre le code : magie, magie !

Je gagne donc un bijou à l’or fin dans ma commande, comment ne pas en profiter ! Et voilà comment on se fait avoir. Cette pratique est utilisé sur tous les sites de dropshipping pour pousser à la consommation évidemment. Plus vous allez acheter, plus ils vont gagner d’argent et plus vous aurez l’impression de faire de bonnes affaires. Mais quel artisan vous offrirait un bijou en or ? Comment un artisan fabriquant ses bijoux faits main avec des matériaux aussi chers que l’or peut se permettre de « perdre » un produit vendu 60 euros (90 euros sans promotion !).

  • Faire une recherche rapide par image sur Google

C’est bien la seule fois où j’utilise Google mais son outil de recherche par image est ultra pratique. Je récupère l’image du produit sur le site revendeur et je vais une recherche sur Google images. Là, je vais tomber sur toutes les apparitions de la même image sur internet. Il y a deux pages de résultats. Sur la première, logiquement, on me renvoie vers le site revendeur. Mais en allant plus loin, je trouve d’autres sites (de dropshipping !) qui vendent le même produit, en France et à l’étranger. Etrange pour un artisan faisant ses propres créations avec des matériaux nobles, non ?

  • Faire une recherche sur des sites comme Aliexpress et Alibaba

Ces sites internet regroupent des milliers de vendeurs chinois, des grossistes. Aliexpress permet de vendre aux particuliers tandis qu’Alibaba est plutôt réservé aux professionnels. On trouve absolument tout type de produits sur ces sites : des vêtements, des appareils électroniques, des téléphones, des bijoux, des objets du quotidien… Le choix est large et les prix particulièrement avantageux car ils sortent directement de l’usine. On trouve aussi beaucoup de contrefaçons ou de copies d’articles de luxe ou de marques particulièrement connues (Ralph Lauren et Lacoste en tête par exemple pour les vêtements).

Evidemment, ces sites se sont adaptés au dropshipping et propose des tas d’options pour les revendeurs comme la customisation des emballages, supprimer les étiquettes indiquant la provenance chinoise… Donc même quand on reçoit son colis, on n’a pas l’impression de s’être fait avoir !

Pourtant, en faisant une recherche rapide sur Aliexpress, on retrouve ces mêmes produits avec les mêmes photos (ils sont gonflés quand même !) à des prix défiant toute concurrence. En prenant toujours l’exemple du bracelet fleur et abeille de chez BeeHumming, voici ce que je trouve sur Aliexpress. Et je vous mets aussi un exemple avec les boules de lavage vendues par le site les Gargouilles dont on entend beaucoup parler ces dernières semaines.

  • Vérifier les Conditions Générales de Vente et les Mentions Légales

Parmi les choses à vérifier également, il y a les CGV et les Mentions légales, qui sont obligatoires sur un site internet. Dans les sites de dropshipping créés par des amateurs, elles n’apparaissent pas ou sont des copier/coller d’autres sites. Dans les mentions légales doivent apparaître le nom de la société propriété de la marque ainsi que le siège social, le numéro d’immatriculation de la société, etc. Des informations quasiment absentes de ces sites car peu de ces sociétés sont enregistrées. Quand c’est le cas, on peut les retrouver sur société.com et se faire un avis. Exemple avec BeeHumming.

Concernant les Gargouilles, une petite recherche et on tombe sur pas mal de choses qui questionnent ! On ne sait pas qui à créer le nom de domaine « Les Gargouilles », alors que le site se vante dans les commentaires d’avoir créer son propre moule de boule de lavage le distinguant de celles trouver sur les sites chinois : mais où est donc le brevet ? Pourquoi la marque ne communique pas sur cette formidable invention ?

De plus, sur société.com toujours, on découvre que la société est gérée par une autre société, elle-même gérée par une personne. Sur Linkedin, on trouve cette personne et son CV, mais aucune mention des Gargouilles, il met plutôt en valeur ses études de Marketing et ses compétences pour booster son engagement sur les réseaux sociaux. C’est très étonnant quand même.

Avant de commander, je fais quoi ?

Avant de commander sur n’importe quel site internet, je vérifie donc :
– que les promotions affichées ne dénaturent pas le produit acheté (une montre connectée pour 20 euros, c’est quand même difficile à trouver, même les marques comme Xiaomi ne baissent pas leurs prix aussi bas !),
– que les mentions légales du site sont affichées (et si j’ai le temps, je peux même aller du côté de société.com pour vérifier),
– que je ne retrouve pas les mêmes produits sur des sites de grossistes comme Aliexpress, Alibaba, Wish…
– que le site n’est pas déjà répertorié sur signal-arnaques.com.

J’espère que cet article est assez complet ! Des questions sur des sites ? Envie de partager des sites faisant du dropshipping ? N’hésite pas à le partager en commentaires ! Cela permettra d’avoir une liste exhaustive et d’éviter de se faire avoir la prochaine fois qu’on souhaite acheter en ligne 🙂

4 commentaires sur « Dropshipping : comment le repérer ? »

  1. Un grand merci pour cet article très complet. Je me rends compte que c’est hyper simple de se faire avoir et hyper compliqué de s’en rendre compte. Mais me voilà avertie !!!

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